Congrès d’Aix-les-bains 03/12/2016

I. HOMEOPATHE VETERINAIRE ?

La réalité est parfois loin du mythe. L’évolution de l’élevage moderne rend l’observation de l’animal, et de son individualité parfois , difficile.

Les animaux ne parlant pas, nous avons , comme les pédiatres un intermédiaire avec le malade. Et nous devons utiliser tous nos sens pour l’observation.

Les outils homéopathiques sont « humains » : Nous savons que pour soigner nos animaux avec l’homéopathie, nous utilisons des « outils » : répertoires, matières médicales, qui ont été construits à partir d’expérimentations menées par des humains. Les symptômes rapportés par ces hommes et femmes sont retransmis avec leurs mots, leurs souffrances, leurs émotions, etc… L’utilisation de cette « matière expérimentale » pose donc un double problème de taille : d’une part, le risque évident de l’interprétation, l’anthropomorphisme appliqué comme une règle, et d’autre part son corollaire : l’acceptation de l’idée que les animaux auraient des émotions, des sentiments. Ces animaux auraient des stratégies de réussite, de combat. Ils auraient des peurs ? Ils souffriraient ? En somme il existerait une forme d’intelligence animale ?

D’abord un peu d’histoire :

René Descartes (1596-1650), philosophe français, considéré même comme le fondateur de la philosophie moderne : « Je pense donc je suis », c’est lui. Mais c’est aussi, et c’est en cela qu’il nous intéresse, « l’inventeur » de la théorie mécaniste : « l’animal-machine » : Les animaux ne ressentent rien. Ils sont comme des robots qui ne fonctionnent que selon le mode action-réaction. Descartes est également à l’origine d’une vision de la nature qu’il exprimait ainsi : « Nous rendre comme maître et possesseur de la nature ». L’homme doit dominer la nature, c’est sa place et son rôle d’asservir et d’utiliser les animaux à son service.

Pour Descartes et ses successeurs, la pensée ne peut se construire sans langage. La structuration d’un raisonnement nécessite la construction par les mots. Et, de fait, il est très difficile de conceptualiser une pensée sans langage verbal. Et le langage animal est resté très longtemps inaccessible à l’homme, hermétique.

S’il n’y a pas de pensée sans langage. Sans langage compréhensible, il ne pouvait y avoir de pensée !

Le problème est que la théorie mécaniste a abouti à plus de 3 siècles d’une vision fausse de l’animal. Descartes assimile l’absence de parole à l’absence de sensations ou de sentiments. Le problème n’est pas que Descartes au XVIIème siècle considère, comme en miroir à son fameux « je pense donc je suis » : je ne parle pas, donc je ne pense pas, donc je ne suis pas dans le monde. Le problème est qu’aujourd’hui, la pensée cartésienne est perduré dans ce domaine jusqu’au XXème siècle.

Siècle du développement de l’industrie, le XXème siècle ne pouvait voir ralentir son explosion productive par des considérations romantiques consistant à voir dans les animaux des êtres sensibles dont on devrait tenir compte. Au sortir de la guerre, il fallait reconstruire, produire, nourrir. La pensée industrielle envahit le monde agricole. Nous demandons à nos agriculteurs de nourrir le pays. « L’animal-objet » a remplacé « l’animal-machine ». Et cette conception « d’animal-objet » permet l’industrialisation du vivant, à travers ce que l’on appellera l’élevage industriel. Construction nominale qui devrait nous paraître antinomique en elle-même et qui pourtant correspond à une réalité. Et cette réalité permet de produire des protéines animales à bas coût et de diminuer le prix du « panier de la ménagère ». Choix philosophique et choix de société sont indissociables.

Alors qu’en est-il de l’intelligence animale ? Nous n’avons pas le temps d’aborder ce sujet ici, mais les recherches sur le comportement et l’intelligence animale de ces 50 dernières années ont mise en évidence de capacités bien supérieures à celles qu’imaginait Descartes:La communication animale ne passe pas par un langage verbale bien sûr , mais par des postures, des mimiques, des déplacements : une « anatomie sociale », mais aussi des sons, des infra-sons (chez les éléphants), et surtout ce qui nous a longtemps échappé : des phéromones. Ces substances chimiques , émises par un individu, seront reçues par un second, déclenchant chez lui un ensemble de réactions spécifiques. L’une de ces phéromones les plus importantes est l’apaisine : secrétée par la femelle allaitant pour apaiser le nouveau né, mais aussi par le « dominant » pour apaiser le groupe. L’apaisine est composée à 80% d’acide oléique, celui que l’on retrouve dans l’huile d’olive. Cette communication phéromonale est passée au second plan chez nous autres, êtres supérieurs au cortex cérébral si développé. On peut parfois le regretter, et se demander si c’est par hasard que les anciens avaient fait du brin d’olivier : le symbole de la paix.

Ces phéromones ont un rôle primordiale notamment dans les relations hiérarchiques.

Mais il serait faux et injuste de limiter les relations animales aux relations de dominance à dominé. On connaît aujourd’hui nombre d’expériences mettant en évidence des relations d’affections parfois très impressionnantes , et aussi de coopération , voire de stratégie entre animaux.

La vraie révolution dans l’histoire de l’observation animale a consisté à sortir du laboratoire : Dans les années 1950, une équipe de primatologues japonais sont ainsi allés observer d’aussi près que possible des singes. Silencieusement sans interférer, ils les ont identifiés individuellement et les ont suivis sur de longues périodes. Ils ont ainsi découvert l’importance des liens de parenté chez les singes. Ils ont observé un macaque apprenant à plonger des patates douces dans une rivière pour les nettoyer, puis ont relevé comment ce comportement appris se répandait au sein du groupe. Ils sont même allés jusqu’à donner à ce phénomène le nom de « préculture ».

La voie vers une « observation vivante » du vivant était ouverte.

Lorenz allait observer ses oies, Von Frisch découvrir la danse des abeilles, Tinbergen , génial inventeur, allait développer des leurres pour observer la vie sociale des oiseaux. Et tous les trois allaient recevoir le prix Nobel de Physiologie ou Médecine pour leurs travaux.

De l’animal-objet à l’animal-sujet

Aujourd’hui, l’étude du comportement animal et se faisant de l’intelligence animale a pris une dimension nouvelle depuis que les chercheurs dans ce domaine ont cessé de s’interdire l’affectivité dans leur regard. Ces chercheurs , en identifiant individuellement les animaux, en ont fait enfin des sujets. Ils ont vu en identifiant des individus que leur comportement pouvait influencer le groupe. Ils ont découvert l’existence d’une subjectivité et d’une individualité animale. Les travaux de Jane Goodall sur les grands singes ont bouleversé le grand public et modifier définitivement notre regard sur eux.

Certains comme Frans de Waal, le célèbre primatologue, vont même plus loin en acceptant l’anthropomorphisme non plus comme un danger dans l’observation mais comme nécessaire : « La proximité des animaux donne envie de les comprendre, pas seulement en partie, mais en totalité. Elle nous amène à nous demander ce qui se passe dans leur tête, tout en réalisant bien que la réponse ne peut être qu’approximative. Pour cela, nous utilisons tous les outils à disposition, y compris l’extrapolation à partir du comportement humain. L’anthropomorphisme est donc non seulement inévitable, il représente un outil puissant. »

Je suis intimement convaincu que la prochaine étape décisive après la sortie des laboratoires, sera pour les « savants » de faire tomber un autre mur, celui qui les sépare des hommes qui vivent avec les animaux. Écouter nos éleveurs parler de leurs animaux domestiques, parler de leurs bêtes ouvrira un champ d’étude inexploré à ces chercheurs qui trouveront à leurs portes, dans leurs campagnes, les réponses qu’ils vont chercher parfois très loin.

Notre rôle est d’aider les éleveurs à « redécouvrir  » l’empathie qu’ils ont pour leurs animaux.

II- CAS CLINIQUES

A-Une mammite sur une vache :

Le cas de cette vache est à ce titre intéressant : je soigne depuis 2 jours, chez M. C., une vache Montbeliarde pour une mammite colibacillaire. Ces mammites, nommées parfois mammites paralysantes, sont en effet très graves. La toxine secrétée par ce colibacille, « bloque » le calcium sanguin, provoquant ainsi une hypocalcémie avec les conséquences inhérentes : hypothermie, faiblesse, anorexie, paralysie. La vache restant couchée, l’issue peut être fatale.

Son état ne fait qu’empirer malgré l’antibiothérapie mise en place (ampicilline + colistine), l’injection d’anti-inflammatoire (finadyne N.D), la calcithérapie (perfusion de Calcium) et une solution de sérum physiologique (Na Cl) en perfusion permanente.

Aujourd’hui, la vache est couchée, elle essaie de se lever mais n’en a pas la force et retombe. Elle se déshydrate très vite malgré la perfusion. Il faut dire qu’elle refuse de boire depuis 2 jours. La mammite concerne les deux quartiers arrières et le lait est transformé en eau sale.

Je demande à l’éleveur s’il a noté d’autres choses. C’est sa femme qui me répond : « Je crois qu’elle veut qu’on reste avec elle ». C’est-à-dire : « Elle gémit comme pour nous demander de rester. »

Le lait transformé en eau, la faiblesse paralytique, l’absence de soif, la déshydratation, ces symptômes sont intéressants mais ils sont assez communs dans ce type de situation.

En revanche, c’est ce que dit l’épouse de l’éleveur qui va me permettre de choisir le bon remède : le désir de compagnie et les gémissements pendant la fièvre.

L’ensemble me fait donc choisir bien-sûr Pulsatilla. Il sera donné en 9 ch toutes les trois heures par l’éleveur. Le lendemain, la vache se relevait et commençait à manger, mais plus étonnant encore, 2 jours plus tard le lait était redevenu normal.

Il est certain que sans la qualité d’observation de cette femme (il faut toujours demander aux femmes leur avis, elles hésitent moins à livrer leur sentiment), sans cette capacité à ressentir le besoin de compagnie de cette vache à ce moment, et cette simplicité pour l’exprimer, je n’aurais pas su choisir le remède.

Alors oui cette vache ressentait le besoin d’une présence auprès d’elle, oui elle l’exprimait par ses gémissements, et cette femme a su entendre ce désir de lien.

Pour travailler avec les animaux, nous devons laisser résonner en nous, ce type de sentiment, ces impressions, sans barrière psychologique.

Raisonnons moins, résonnons mieux !

B- Milk , chien amoureux

La capacité que nous aurons à entrer en empathie avec un animal peut être la source de rencontre riche en émotions. J’ai rencontré ainsi une jeune femme qui venait de loin pour essayer l’homéopathie pour son chien, Milk. Il souffrait d’un lupus érythémateux disséminé, une maladie auto-immune, dont le traitement à base de cortisone ne la satisfaisait pas.

Elle n’avait aucune expérience de l’homéopathie et ne savait pas trop comment me parler de son chien. Je lui demande donc de me raconter comment s’est passée leur rencontre.

Elle : « Hé bien, je suis allée le chercher chez le vendeur.

Moi : Et ?

Elle : Je suis repartie, c’était à Grenoble – en ville.

Moi : Et ?

Elle : Et j’ai marché dans Grenoble.

Moi : Et puis ?

Elle (rire) : Ah je me suis arrêtée acheter un pain au chocolat.

Moi : Ah et vous avez fait quoi du chien ?

Elle : Ben je lui ai dit de m’attendre !

Moi : Vous l’avez attaché dehors ?

Elle : Mais non, je n’avais pas de laisse !

Moi : Comment ça ?

Elle (de plus en plus surprise de mon incompréhension) : Je lui ai dit, tu restes là, tu m’attends.

Moi (incrédule) : Et il l’a fait ?

Elle : Ben évidemment.

Moi : Il avait 2 mois, pas de collier, ni laisse, il s’est assis devant la boulangerie et vous a attendu, c’est bien ça ?

Elle : Ben oui. »

C’était le premier chien de cette jeune femme. Pour elle, rien dans ce qu’elle venait de me raconter n’était digne d’intérêt.

S’en est suivie une conversation au cours de laquelle elle s’est rendu compte que l’attachement de Milk à sa personne était tout simplement extraordinaire.

Une demi-heure plus tard, elle m’expliquait en larmes, que si elle lui demandait de sauter du haut d’une falaise (elle faisait de grandes randonnées avec lui en montagne), si elle lui demandait de sauter, il le ferait immédiatement. Cela ne faisait aucun doute.

En répertoriant quelques symptômes physiques : elle avait notamment remarqué que ses douleurs semblaient siéger en des endroits très précis, mais qui changeaient. Il avait également l’intérieur des coussinets comme brûlés par les éruptions.

Un remède que je ne connaissais pas à attiré mon attention, j’ouvre alors le répertoire des thèmes et de matière médicale de Guy Loutan1, et je lis : « Toute parole ou principe devient règle avec laquelle il veut prouver son amour. »

Je referme le livre et je le prescris sans plus réfléchir . Heureusement d’ailleurs, car pour avoir étudié le remède plus tard, je ne suis pas sûr que je l’aurais prescrit sinon, car il est essentiellement décrit comme utile dans les problèmes gynécologiques…

Le résultat fut excellent, les anticorps anti-nucléaires qui signent la maladie sur le plan sanguin sont devenus indétectables au bout de quelques semaines. La propriétaire renouvelait la prescription quand elle devait s’absenter et laisser son chien à ses parents, ayant compris qu’il faisait une nouvelle poussée quand elle le laissait.

Avant de vous donner le nom de ce remède voici le cas d’un taurillon de 17 mois traité avec

ce dernier. Il grandit mais ne grossit pas.

« Il est efflanqué, maigrichon , mou

C’est un dominant : il donne des coups de cornes aux autres s’ils approchent

Souvent en érection: dés qu’il voit les vaches. Il gueule, quand on lui met la nourriture,

Il est en érection et ne laisse personne s’approcher

Il est parfois essoufflé, respire fort

Il ne veut plus passer au cornadis: il n’a pas pu se faire battre par les autres, c’est

impossible, mais depuis il est faible. Il s’approche, tout mou, mais ne passe pas la tête

Parfois un peu de diarrhée

Il est faible depuis qu’il est séparé des vaches

Depuis le sevrage ?

Non, il était sevré depuis 3 mois, on les a déplacé, il a vu passé les vaches, il voulait

Les rejoindre pour les « saillir », il a gueulé pendant 3 jours et depuis c’est fini !

Il s’affaiblit !! »

Refoulement du désir sexuel, aggravation par l’excitation sexuelle, amaigrissement,

autoritarisme : Le taurillon a reçu LiliumT. 30ch , une fois.

Trois semaines plus tard , l’éleveur passe au cabinet vétérinaire et me dit : « Il a redémarré,

il a pris 80 kg , il remange bien et vient au cornadis. Je comprends pas , vous lui donné 3

granules de rien du tout à une bête pareille, et ça marche ! C’est quand même bizarre ce

truc ! »

Le Lys tigré (Lilium tigrinum) est une fleur ornementale. Cultivée pour séduire donc.

Dans le « langage des fleurs » , le lys symbolise la pureté des sentiments . Selon la mythologie,

« la vision de la blancheur du lys mit Aphrodite dans un tel état de jalousie, elle qui était

née de la blancheur de l’écume de mer , que par dépit, elle plaça au centre de la fleur un

énorme pistil ». A cela, Wood ajoute : « Le pur amour spirituel est terni , pour ainsi dire par

les tâches foncées sur ses pétales ». En effet, le lys tigré lui n’est pas blanc , il est orangé.

Tous les symptômes de la pathogénésie de lilium tigrinum tournent autour d’un conflit entre idéaux spirituels , voire religieux, et sexualité. Plein d’obsession sexuelle, l’homme ou la femme, s’échappe dans une activité frénétique, sans d’autre but que d’échapper à ses obsessions, pleine de précipitation, comme par devoir. S’occuper pour refouler son désir sexuel est un symptôme clé de Lilium T.

Représentons nous la fleur : un vase formé par les pétales d’où s’élèvent les étamines (la partie mâle de la fleur), et s’élevant au-dessus encore : le pistil (la partie femelle). Le pollen (les gamètes mâles) ne peut donc féconder le pistil d’une même fleur. Ce « mécanisme » empêche l’autofécondation et favorise donc le brassage génétique, la diversité, gage de succès dans l’évolution.

Imaginons un peu une image à la Woody Allen : tous ces « spermatozoïdes végétaux » (les botanistes excuseront l’expression…) prêts à bondir sur le pistil géant sans jamais pouvoir l’atteindre !

Si ce n’est pas une situation de frustration sexuelle ça ?

Alors Lilium refoule , hé oui, et sublime la relation dans une adoration quasi spirituelle.

Et la frénésie d’occupation me direz-vous, elle est où dans ta fleur ?

C’est là que cela devient drôle:le lys a pour particularité de produire des bulbilles que l’on trouve le long des tiges. Ces bulbilles, comme les bulbes qui se divisent, replantés feront de nouvelles fleurs. Le lys produit sans se reproduire.

J’ai demandé à un ami jardinier professionnel, comment on multipliait les lys, il m’a confirmé que la multiplication des bulbilles était beaucoup plus rapide et efficace. Les graines (issues de la reproduction sexuée) ne sont utilisées que pour produire de nouvelles variétés.

Si nous revenons à notre chien, Milk : on peut dire qu’il vivait un véritable conflit intérieur : une maladie auto-immune au cours de laquelle l’individu fabrique des anticorps contre ses propres cellules en est un symbole fort. Il adorait sa maîtresse et ne pouvait faire autrement que sublimer son amour par son comportement. La phrase du répertoire de Guy Loutand prend alors tout son sens : « Toute parole, ou principe devient règle avec laquelle il veut prouver son amour ».

CONCLUSION :

La relation que l’éleveur ou les éleveurs entretiennent avec un troupeau n’est pas neutre. Elle est empreinte, ou imprégnée, du vécu de l’éleveur, et du vécu de la relation de l’éleveur avec son environnement.

Observer nos animaux, les observer vraiment en essayant de les comprendre nécessite de faire tomber un certain nombre de nos barrières psychologiques. Accepter l’idée que des animaux puissent apprendre, ressentir des émotions, des sentiments fut long et laborieux. Sans doute d’abord parce qu’on ne voit que ce que l’on conçoit. Si des intelligences supérieures comme Descartes ou d’autres scientifiques actuels n’ont pas vu ce qui apparaît évident à quiconque accepte l’idée que son chien l’aime, c’est sans doute parce qu’ils avaient besoin de concevoir cette idée qu’un chien puisse aimer, pour la voir.

La raison l’emportant sur l’intuition. La raison, cette arme si puissante pour construire, analyser, produire devient handicap pour voir, sentir, aimer.

Cette opposition raisonnement/résonance n’ait pas qu’un simple jeu de mot. Elle résume, je crois, assez bien la difficulté à affronter pour aller plus loin dans le ressenti avec nos animaux.

Cette opposition, d’un côté l’intelligence rationnelle, de l’autre l’intelligence qu’on pourrait appeler « résonante » renvoie, je crois, au vieux débat nature/culture. Nous avons besoin d’accepter notre état de nature, notre état d’animal, pour entrer en communication réelle, en résonance avec les animaux. Or, ce débat a consisté à nous extraire en permanence de l’état animal. Il se résume en fait souvent à un conflit nature contre culture. Les philosophes ont cherché à définir l’homme par rapport à l’animal et surtout contre l’animal.A rechercher le propre de l’homme dans la culture et les propositions furent nombreuses : Production des moyens d’existence pour Marx, l’outil , le rire pour Rabelais. Toutes ces définitions sont tombées les unes après les autres au cours du temps et des découvertes comportementales.

Jusqu’à Derrida , qui a , je crois , clôt le débat :

«  Il ne s’agit pas seulement de demander si on a le droit de refuser tel ou tel pouvoir à l’animal (parole, raison, expérience de la mort, deuil, culture, institutions, technique, vêtement, mensonge, feinte de la feinte, effacement de la trace, don, rire, pleurs, respect, etc…) la liste est nécessairement indéfinie, et la plus puissante tradition philosophique dans laquelle nous vivons a refusé tout cela à «  l’animal  », il s’agit aussi de se demander si ce qui s’appelle l’homme a le droit d’attribuer en toute rigueur à l’homme, de s’attribuer, donc, ce qu’il refuse à l’animal et s’il en a jamais le concept pur, rigoureux, indivisible en tant que tel.  »

L’animal que donc je suis, page 185. J. Derrida

Enfin, la découverte récente des neurones miroirs est intéressante à évoquer.

Des chercheurs en neurosciences ont découvert, dans une zone située dans le lobe préfrontal du cerveau, un réseau complexe permettant de se représenter les actions d’un autre.

Plus exactement, ils ont découvert que quand un individu regarde un autre individu faisant une action, par exemple « manger », une zone correspondant à cette action était stimulée dans le cerveau de l’observateur. Comme si lui-même mangeait. Ils ont donc appelé ces neurones : les neurones miroirs et considèrent cette zone comme la région neuronale de l’empathie. Celle qui permet de se mettre à la place de l’autre. Il existe une zone de l’empathie de l’action, indispensable dans l’apprentissage notamment chez l’enfant. Nous apprenons par mimétisme, en observant puis en imitant.

Et il existe une zone de l’empathie de la sensation. Celle qui permet de ressentir la souffrance de l’autre. Certains en font le siège neuronal de ce que l’on appelle la morale (!).

Il est important de noter que ces neurones miroirs ont d’abord été découverts… chez des animaux ! Des macaques.

Le siège neuronal de l’empathie découvert chez des animaux.

Alors, il serait un juste retour des choses de laisser nos propres neurones miroirs « résonner » quand nous observons nos animaux.

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