Plaidoyer pour une anti-méthode, par Jani Vimond

J’ai parlé de cet article vieux de 30 ans de Jani Vimond sur un forum, et de mon affection et admiration pour Jani. A la demande de plusieurs personnes je vous soumet donc ce texte que Mme Vimond m’a autorisé à publier dans un livre à venir.

Plaidoyer pour une anti-méthode, par Jani Vimond

« Heureusement, le Centre Samuel Hahnemann n’est pas une école et pour y entrer on ne m’a pas demandé de réciter par coeur la recette, c’est-à-dire la leçon de médecine.

Ceux qui ont fait leurs études avec moi comprendront ma chance !

On m’a seulement demandé (et là, on a été très exigeant) si j’avais souvent fait l’école buissonnière, c’est-à-dire si j’allais souvent dans les champs pour faire de l’homéopathie. On ne m’a pas demandé si j’avais appris la matière médicale, mais si j’étais praticien.

On ne m’a pas demandé d’enseigner mais de raconter.

Quelle liberté ! Voici qu’au lieu d’apprendre consciencieusement la liste des questions de l’anamnèse standard sensée nous amener miraculeusement au remède à travers un répertoire dont aucune rubrique ne nous échappe, d’apprendre la liste des symptômes des pathogénésies qui pourtant, ingrats que nous sommes, fournissent tant de bon cours, de faire, comme cela m’est arrivé, des exercices sur la lettre imaginaire de madame pulsatilla (voilà monsieur éliminé, cela en fait la moitié moins! Et cette dame, quelle garce ! Merci pour la bienveillance ! ) Nous allons aller ensemble sur un terrain que nous pratiquons tous, soit en allopathie, soit en homéopathie, celui de la pratique, dans notre cabinet professionnel devant un vrai chien, dans les champs, devant une vraie vache sans même savoir si on va pouvoir relever des symptômes intéressants.

Voilà ce qui différencie notre école d’une école et voilà une précision pour ceux qui nous accusent d’avoir la « proffessorite ».

Mieux, je voudrais montrer à mes confrères comment contourner la règle et je souhaite qu’à leur tour ils m’apprennent comment ils désobéissent.

Pourquoi ? Parce que nous sommes tenus de percevoir chez notre malade ce qui fait qu’il est différent de tous les autres y compris de ceux que l’expérience nous a fait déjà rencontrer avant lui.

Nous ne sommes pas rassurés quand nous utilisons souvent la même rubrique…Le symptôme ne serait-il pas un peu trop commun ?

Notre expérience nous sert seulement à nous autoriser à valoriser notre étonnement : 135

« Je n’ai jamais vu cela dans cette espèce-là, qu’est-ce que cela signifie pour cet animal-là ?

Où vais-je donc trouver la rubrique que je n’ai jamais eu l’occasion de trouver ? Comment vais-je la reconstituer à travers tout le répertoire ? Quelle inquiétude ? Quel beau cas ! »

E problème est donc de s’accommoder de l’imprévisible, de percevoir des phénomènes qui échappent à toute référence.

Pourquoi ? Parce que ce sont des symptômes originaux qui nous intéressent.

Comme il s’agit d’autre part pour nous, vétérinaires, de transposer une méthode qui doit tout à l’expérimentation humaine, il n’est même plus question de retrouver dans le répertoire ni dans les pathogénésies des expressions de nos malades telles que les expérimentateurs les ont prononcées.

Devant chaque cas nous partons donc à l’aventure.

Je voudrais que cet article, qui n’engage que moi et non pas le centre Samuel Hahnemann, ne soit pas considéré comme l’exposé d’une méthode mais serve seulement à ouvrir un large débat sur l’art d’observer un animal particulier parmi tous ceux de son espèce.

Il s’agit non pas d’affirmer mais de provoquer votre réaction.

Dans un premier temps, je vais tenter de justifier ma démarche sur le terrain et tenter de montrer comment j’essaie de transposer des conceptions philosophiques ou des perceptions subjectives en décisions concrètes dans les cas cliniques.

Dans un deuxième article qui paraitra dans la prochaine revue, je publierai plusieurs cas cliniques pour lesquels j’ai maintenant du recul et qui illustreront le fait qu’il n’y a rien de plus concret que la philosophie et l’émotion subjective.

Cet article va paraitre en totale contradiction avec un certain nombre d’affirmations parues dans cette revue.

Il ne faut pas penser qu’il s’agit pour moi d’une tentative de destruction !

Tous les confrères qui ont écrit dans cette revue sont largement aussi compétents que moi et même souvent bien plus. Cela est largement confirmé par leurs résultats. Mais il s’agit de considérer très précisément dans quels buts 136

ils ont décrits des méthodes d’anamnèse standard ou préconisé des techniques répertoriales « mathématiques ». Il s’agissait, pour eux, de mettre dans les mains de ceux qui abordent l’homéopathie un instrument nouveau, de leur donner quelques clés d’utilisation pour commencer à affronter quelques cas cliniques dans leur clientèle.

Mieux, rien ne prouve qu’une méthode « mathématique » telle qu’elle est préconisée dans ces articles ne puisse conduire au meilleur résultat.

Simplement, j’essaie d’exploiter une autre manière d’aborder l’anamnèse et la valorisation qui convient mieux à mon tempérament et qui ne me pose pratiquement aucun problème dans mon type de clientèle où l’on rencontre de petites exploitations et où les éleveurs ont encore le temps et le goût d’observer leurs animaux.

Chez moi on mange encore des vaches qui ont un nom, que l’on a caressées, que l’on a respectées, on boit leur lait…Ce que je veux raconter, c’est comment je tente de pratiquer une médecine qui se voudrait à la hauteur de l’art de ces paysans, à la hauteur de leur respect, à la hauteur de leur passion, à la hauteur de leur dignité.

De l’anamnèse à la valorisation :

Faire une anamnèse en homéopathie, c’est partir à l’aventure, à la découverte d’un être nouveau, en acceptant l’inconfort et l’insécurité de la rupture avec les habitudes.

La consultation homéopathique qui aboutit à la rédaction d’un document où sont consignées toutes les observations est la phase première d’un scénario qui conduit à l’appel au secours du malade à la prescription.

C’est à partir de ce document de base établi au cours de l’observation et de l’interrogatoire que l’on sélectionnera les symptômes intéressants en homéopathie, puis que l’on procèdera à leur valorisation et qu’enfin seulement, on consultera avec précision le répertoire et les matières médicales.

Aussi brillantes soit la démarche de notre esprit durant la valorisation des symptômes, aussi complète soit notre connaissance du répertoire et des matières médicales, aussi grande soit notre érudition, la première qualité du clinicien est sa capacité à percevoir les symptômes. Il s’agit bien de percevoir et non de mesurer. 137

Il s’agit bien, d’autre part, de percevoir des symptômes originaux, donc, il s’agit de ne pas imposer lors de notre observation un cadre technique préétabli hermétique à tout que qui n’est pas programmé donc hermétique à qui est « original, inusité, personnel ».

La première phase de l’acte médical est la perception. La première qualité du médecin homéopathe est la sensibilité.

C’est la première difficulté rencontrée lorsque, formé à la doctrine des allopathes, nous avons émoussé notre sensibilité en la confiant aux appareils de mesure et aux tableaux pathologiques standards définissant des maladies.

Dans ce cas ou bien le généraliste trouve dans la liste des maladies un tableau classique correspondant à son observation, ou bien il reste étonné devant les contradictions ou l’impossibilité de placer son malade dans un cadre.

L’homéopathe lui, n’a de chances de trouver son remède qu’à partir du moment où son malade l’a étonné, surpris, qu’il s’est contredit, qu’il a exprimé ce qui est extraordinaire en lui.

Combien de fois a-t-on reproché à ceux qui exposent des cas cliniques qu’ils ont passé beaucoup de temps à observer d’avoir choisi précisément des cas exceptionnels ne correspondant pas à la pratique courante et par conséquent peu démonstratifs ! Ce reproche m’ayant été fait presque systématiquement, je m’étonne à mon tour d’avoir concentré dans ma clientèle les animaux les plus curieux et que cela arrive précisément à tous ceux qui comme moi, pratiquent l’homéopathie régulièrement toute l’année.

Observer patiemment le comportement des animaux, passer beaucoup de temps à écouter respectueusement les éleveurs dans leur langage courant, leurs expressions familières, se concentrer sur tous les signes, toutes les réactions les plus fines, les plus curieuses, exercer ses yeux, son ouïe, son odorat, son toucher, retrouver la simplicité et la naïveté d’où nait l’étonnement, presse avant l’étude du répertoire et des matières médicales.

Il s’agit en effet d’aller du malade au remède, et non du remède au malade en faisant coïncider notre érudition, fût-elle homéopathique, avec un tableau pathologique qui de fait perdra tout ce qu’il a de spontané et d’inédit.

Le danger est constant : 138

Chez le débutant parce qu’il est habitué aux démarches intellectuelles de l’allopathie ; chez l’homéopathe confirmé qui malgré lui, risque, au cours de son observation, d’être esclave d’érudition.

A aucun moment, les automatismes venant de l’expérience ne devront se substituer à ce qu’Hahnemann appelle : « L’esprit sans prévention »

En fait, tout cet article est la description d’une tentative :

Respecter la spontanéité, la liberté d’expression des symptômes nécessaires à la perception de ce qui est le plus personnel chez nos animaux d’élevage.

Il serait prétentieux de ma part de décrire la méthode que j’utilise comme étant la démarche idéale ; il s’agit bien d ‘une tentative à laquelle s’ajouteront, je l’espère, toutes les tentatives de l’ensemble des vétérinaires et même des éleveurs qui collaborent avec nous à adapter aux animaux une médecine que nous empruntons entièrement à l’expérimentation humaine.

Ayant donné à la recherche de la spontanéité l’expression des symptômes la plus grande importance il m’a souvent été fait les reproche suivants :

-A quoi cela sert-il de donner des symptômes qu’on ne retrouve ni dans le répertoire ni dans les matières médicales ?

-D’autre part il est dommage de se priver, durant l’interrogatoire, du cadre des questions qui nous sont suggérées par cet ouvrage

Ainsi nous pouvons passer à côté des modalités dans l’expression des symptômes qui seraient du plus grand intérêt.

-Quel meilleur exercice d’interroger à répertoire ouvert pour apprendre le répertoire !

Je vais répondre en fait à ces questions tout au long de l’article en m’efforçant de faire apparaitre comment j’ai, dans la pratique, cherché à doser l’usage du répertoire au cours de l’interrogatoire de façon à être aussi complet que possible quant à la liste des questions à explorer sans que ce cadre ( car le répertoire est un cadre qu’on le veuille ou non) nuise à l’expression spontanée libre des symptômes.

Mais, dans un premier temps je vais répondre brutalement ceci : 139

-Quel meilleur exercice d’avoir à rechercher à travers tout le répertoire un symptôme spontanément exprimé et noté non pas dans les termes du répertoire à l’endroit où il était ouvert, mais exprimé dans sa « simplicité primitive » (Kent) au moment où il nous a frappé et étonné !

– Le problème pour le malade n’est pas de nous faire faire un exercice d’école. Le problème n’est pas non plus de faire en sorte qu’il n’y ait qu’une méthode standard d’interrogatoire et de former un grand nombre de vétérinaires obéissant strictement à une technique figée.

Le seul problème est de faire comprendre une démarche et d’enrichir notre méthode en favorisant au contraire la variété des approches… L’évolution de nos malades étant notre seule référence.

-Le répertoire de Kent a été conçu par un clinicien de très haute valeur et non par un théoricien de la statistique qui aurait imaginé toutes les combinaisons et toutes les variétés de symptômes que l’esprit puisse inventer. Ce qui est dans le répertoire vient des pathogénésies, c’est-à-dire des résultats de l’expérimentation dite « pure », c’est-à-dire les symptômes tels que les expérimentateurs les ont exprimés. Ce qui est dans le répertoire vient aussi de l’expérience clinique pure, c’est-à-dire l’observation des symptômes exprimés dans toute leur complexité et non simplifiés sous pression des théories médicales.

Il en résulte qu’il est assez rare qu’une observation clinique ne trouve pas de correspondance dans ce type d’ouvrage. Il est donc rare de ne pouvoir aller du malade au répertoire. Le fait de ne pas retrouver un symptôme dans le répertoire est souvent du simplement à notre méconnaissance de l’instrument lui-même.

Si une observation a été correctement faite sur l’ensemble des symptômes objectifs, subjectifs, physiques, mentaux, l’absence de correspondance de quelques-uns est insuffisante pour bloquer toute recherche. La nuance qui aura échappé au répertoire est fournie par la matière médicale pathogénétique à partir d’un remède dont la probabilité nous a été suggérée par le répertoire.

Le répertoire lui-même a été complété par l’observation clinique : Kent lui-même ne l’a pas définitivement fixé à partir des pathogénésies connues ; le répertoire de Bartel a largement exploité cette ouverture. Nous ne voyons pas pourquoi cet ouvrage serait définitivement clos et nous imposerait les limites de notre observation. (Ce qui ne veut surtout pas dire que l’on peut impunément rajouter n’importe 140

quel remède ou rubrique dans cet ouvrage et qu’une extrême rigueur étayée par de très nombreux cas cliniques hautement significatifs ne soit nécessaire pour le faire).

Quant au fait de suggérer des questions à partir du répertoire, il fait être extrêmement prudent. En effet, de la suggestion de la question par le répertoire à l’homéopathe, à la suggestion de la réponse par l’homéopathe au malade, il n’y a qu’un tout petit pas à franchir.

Une des qualités fondamentales du symptôme en homéopathie est d’être frappant, donc de s’exprimer ostensiblement de lui-même. Les pathogénésies sont le fruit de l’expérimentation « pure ». L’observation doit être elle-même une observation « pure ». La similitude n’a de valeur qu’à ce prix.

Pourquoi écrire l’anamnèse ?

Il y a là une difficulté. Pour ma part, il m’est très difficile de me concentrer sur mon observation et de saisir au vol les symptômes tout en écrivant. Kent recommandait à ses malades de parler assez lentement pour qu’il puisse écrire. J’ai toujours trouvé que cela gênait le propriétaire de l’animal et il est de tout façon impossible de demander à l’animal lui-même de contrôler le rythme de l’expression de ses symptômes lors de son observation directe. Or cette observation est la phase la plus importante.

Le matériel d’enregistrement est encore plus intimidant pour nos propriétaires d’animaux et ne fixe pas tout ce qui fait appel aux autres sens que l’ouïe.

D’autre part, il faut autant de temps pour le réécouter que le temps total de la consultation.

Je me suis donc résigné à écrire.

Il faut en effet un document qui comporte tous les renseignements recueillis au cours de la ou des consultations qui précèdent l’administration du remède. Ce document est la référence d’où va partir l’acte de réflexion fondamental, la démarche essentielle de l’acte médical homéopathique : la valorisation des symptômes.

La valorisation des symptômes engage l’interprétation du médecin et par conséquent l’expose aux erreurs les plus grossières. Le document rédigé pendant l’observation « pure » sera son seul recours. De sa qualité dépend la 141

qualité de la valorisation donc de la prescription et aussi la faculté de corriger une erreur d’interprétation.

D’autre part, c’est à partir de ce document que nous allons juger de l’évolution des symptômes, sur plusieurs jours, plusieurs mois ou même plusieurs années après la prise du remède ou du placébo ou simplement du rétablissement de conditions « hygiéniques » normales.

La première anamnèse (ou les premières anamnèses) avant prescription, est donc notre référence de base.

Or, du jugement de la filiation des symptômes après la première décision d’intervention (sous quelque forme qu’elle soit) dépend la deuxième prescription (ou l’absence de prescription).

La première anamnèse a donc une suite. Elle se complète à chaque nouvelle visite. L’intérêt d’avoir tout noté est donc de pouvoir suivre et reconstituer l’évolution dynamique des symptômes.

Cet intérêt est bien moins grand en allopathie où un même malade vient consulter tout au long de sa vie pour des « maladies » entre lesquelles l’allopathe ne cherche pas à voir un lien autre que celui qu’on a « pré-imaginé » entre telle ou telle affection. Et de toute façon il s’agira bien de maladies différentes traitées différemment chacune en ce qui les concerne. Pour nous au contraire toutes les « maladies » apparaissant au cours de la vie d’un malade ne sont que l’expression explosive d’une maladie chronique sous-jacente, les jalons d’une évolution qui engage tout son être spirituel et physique de sa naissance à sa mort et autant de tentatives de rééquilibre.

Il est très important pour nous de comprendre le sens de ces tentatives, et d’en conserver la trace écrite et datée.

La notion de maladie chronique n’a pas, elle non plus, la même signification en allopathie et en homéopathie. C’est même à ce niveau que les doctrines se séparent le plus radicalement. Pour un allopathe une maladie chronique est seulement une maladie qui dure mais qui garde son statut de maladie répertoriée dans un cadre commun à tous les malades ou que l’évolution des recherches médicales amènera un jour, si ce n’est déjà fait, à trouver une place dans ce cadre. 142

Pour l’homéopathe, la maladie chronique est le cadre où se réfugie ce qu’il y a de plus original dans un individu et représente l’effort constant, d’un bout à l’autre de sa vie, pour préserver cette originalité qui est le sens même de sa vie.

L’histoire des symptômes :

L’intérêt des notes bien datées est de faire apparaitre la dynamique des symptômes. Cette notion de dynamique des symptômes nous oblige à étendre la notion de totalité des symptômes. Non seulement, il faut prendre en considération, à un instant donné, lors d’une consultation tous les symptômes objectifs, subjectifs, physiques, mentaux mais aussi tous les symptômes au cours de la vie du malade, après les décisions thérapeutiques ou avant toute intervention ou à la suite des évènements particuliers de la vie…

Tous ces symptômes se déroulent dans un ordre qui pour l’homéopathe a une signification et (ou) dans des circonstances de la vie qui donnent elles même une signification à la réaction spécifique de l’individu et concernent l’originalité de sa sensibilité.

L’histoire pathologique ou dans un sens plus large la manière particulière dont un individu a réagi aux évènements aléatoires intervenus au cours de sa vie n’est pas totalement due au hasard. Tous les évènements historiques subis par l’individu peuvent être, dans une certaine mesure, considérés comme aléatoires, la manière d’y réagir est une marque de son originalité, que cette manière soit strictement héréditaire ou modulée de même par la manière dont l’individu s’est adapté aux évènements précédents. N’importe qui n’est pas marqué par n’importe quoi et ne réagit pas d’une manière quelconque.

L’histoire ne fait pas ce qu’elle veut d’un être vivant, c’est-à-dire original. L’évènement historique se heurte à son génie. L’aspect aléatoire des évènements historiques peut même en partie être remis en cause, dans la mesure où l’individu lui-même se place consciemment ou non dans des circonstances particulières. Il est donc intéressant de considérer la succession des « aventures » qui sont arrivés au malade et qui semblent lui fixer un destin.

Mais inversement, il faut bien comprendre aussi que l’individu, malgré la force de son originalité , …/…

de l’histoire qui le pénètre en partie selon les particularités de sa sensibilité et le modifie. Et c’est là le drame de sa vie. 143

Du choc de cette rencontre nait aussi une nouvelle histoire mais aussi à chaque instant un nouvel individu.

A travers l’anamnèse (les anamnèses) l’homéopathe doit percevoir ce qu’il y a de constant et d’irréductible à la pression de l’évènement dans cet individu variable, à travers la manière dont il réagit au choc des évènements et même à travers la manière dont il s’est modifié pour s’adapter afin de préserver autant qu’il peut, (c’est-à-dire autant que lui permet son énergie vitale), l’originalité la plus profonde sans laquelle sa vie, perdant son sens, ne serait plus possible.

Il faut concevoir cette originalité profonde, essentielle à la vie d’un individu bien que protégée dans sa constance par tous les moyens dont il est capable, (y compris ceux qui font appel à la nécessité de varier pour s’adapter) comme un facteur qui place l’individu dans un mouvement dynamique : Elle ne tend pas à exclure l’aspect fugitif de la vie et à la figer en vie éternelle, à exclure la fatalité de la mort, mais elle tend à préserver un bien être mental, physique, social nécessaire à la réalisation d’un but qui est le sens d’une vie, dans un milieu qui, au contraire tente de l’en détourner en la ramenant aux normes communes.

L’ensemble des symptômes durant toute la vie doit être considéré comme la réaction globale à des circonstances qui dévient l’individu de son but.

L’histoire du malade permet de reconstituer ce drame. Il s’agit pour l’homéopathe de distinguer ce qui différencie ce drame de celui de tous les autres. Ce drame est unique ; il ne figure pas en tant que tel dans le répertoire, ni dans aucune matière médicale, encore moins dans les descriptions théoriques des maladies décrites par les allopathes, il ne figure pas et ne s’intègre pas dans le cadre des techniques d’anamnèses des écoles d’homéopathie ni dans le portrait « robot » que l’expérience, toujours partielle, de notre clinique nous incite, malgré nous, à imaginer vis-à-vis de tel ou tel remède, encore moins dans les raccourcis mnémotechniques, soit disant destinés à soulager la mémoire des érudits de la matière médicale…

C’est à nous clinicien homéopathes, de découvrir la particularité la plus profonde de ce drame, et le problème qui se pose est à chaque fois totalement nouveau. Il restera à trouver le remède qui à travers toutes les modalités des réactions qu’il a déclenchées chez les expérimentateurs symbolise le même angoisse, donne le même sens aux symptômes.

Il faut bien comprendre que le portrait du remède qui est donné dans les pathogénésies (qui doivent être nos seules références) est constitué de tous les symptômes exprimés lors de l’expérimentation par un grand nombre de 144

personnes et qu’il n’est pas le portrait identique à celui d’un malade particulier. On n’y retrouvera pas la description de notre malade mais on devra y rechercher (et c’est un effort actif qui engage notre interprétation) ce qui lui est le plus semblable au sein des pathogénésies pour isoler le remède convenable parmi tous les remèdes expérimentés, mais aussi eu sein de la pathogénésie du remède sélectionné qui à lui seul peut convenir à des individus nombreux et tous différents.

Un remède est polyvalent mais il faut rechercher parmi toutes les manières d’être pulsatilla par exemple celle qui est semblable à notre malade et qui qui nous permet en même temps de le rattacher à ce qui est symboliquement le plus profond de pulsatilla. Le fait de rechercher une similitude et non pas une identité implique que la reconnaissance de l’originalité du malade dans le remède est d’ordre symbolique et que ce rapprochement qui passe par notre effort de valorisation des symptômes n’est pas le fruit de la lecture passive du répertoire et des matières médicales mais le fruit d’un acte volontaire délibéré d’interprétation où le médecin s’engage et dit en quelque sorte lui-même le drame particulier de son malade.

Il n’y a pas de méthode mécanique qui évite l’engagement personnel du médecin en homéopathie. Il se forme un couple médecin-malade.

Ce couple, à chaque fois nouveau, est lui-même globalement original. Le médecin, à l’intérieur de ce couple, a pour rôle de prendre avec lui le drame du malade, il n’en prendra que ce que sa sensibilité lui aura permis de percevoir à travers le miroir de sa propre originalité. Il prend en charge le malade dans les limites de son intuition.

Puisque le malade est original, il étonne. Le clinicien reçoit ce choc. La rencontre d’un être nouveau provoque une émotion. La perception du nouveau ne pouvant se faire à travers des références est nécessairement au niveau de l’émotionnel. Cette émotion au moment même où elle frappe de plein fouet le clinicien déclenche chez lui une angoisse puisqu’il n’a jamais eu l’occasion d’y faire face. C’est le phénomène qui, en définitive organisera l’interprétation et dominera la valorisation. Il ne faut pas, par pudeur ou par souci de soi-disant objectivité, s’y soustraire. Cette émotion est terriblement réelle. Il faut au contraire tenter de la maitriser en lui donnant une forme. Elle est le résultat global de la perception du génie du malade.

Pour ma part, je m’oblige à la décrire sur la feuille de l’anamnèse et à rédiger un texte dans un français aussi correct qu’il m’est possible. Cet exercice permet 145

de rendre cette émotion plus lumineuse et d’en dégager le mot ou l’expression qui va conduire, ensuite, au répertoire.

Comment rédiger l’anamnèse ?

Il résulte du caractère original des symptômes et de l’aspect subjectif du choc émotionnel reçu lors de notre observation que l’anamnèse de l’homéopathie n’est pas rédigée comme un bilan de maladies ou de symptômes sous forme d’un imprimé dit de « renseignements médicaux » où l’on remplit de petites croix des cases préétablies.

L’anamnèse de l’homéopathe est rédigée sur une page blanche. Sur cette feuille vierge, s’inscrivent librement la vie et les souffrances du malade, son histoire unique imprévisible, les symptômes et leurs modalités notés dans les termes où il les aura racontés avec tous les oh ! Et les ah ! Du propriétaire mais aussi avec le moindre soubresaut, le moindre frémissement, de l’animal qui « raconte » ses symptômes, lui-même aussi bien, et souvent mieux.

L’anamnèse-liste des allopathes se conçoit parfaitement dans la mesure où leur philosophie réduit le phénomène vital à un phénomène exclusivement matériel non fondamentalement différent des phénomènes non vivants. D’autre part, ils ne prennent pas en compte la notion de complexité qui lie tous les symptômes entre eux et qui nous conduit justement à la notion de totalité des symptômes : Les allopathes lient entre eux des groupes de symptômes ou étudient des syndromes, ils considèrent l’ensemble symptomatique exprimé par un malade comme un bloc qui perd son sens lorsqu’il est analysé point par point : un groupe de symptômes liés entre eux par nos considérations physiopathologiques issues de notre érudition est lui-même un élément d’un tout plus vaste.

Dans ces conditions, leur but est de ramener l’être vivant à des constances physico-chimiques dites normales en tant qu’une attitude mentale normalisée pour son entourage ou la société (avec des calmants par exemple) sans relation avec ce qu’il a de meilleur ou de pire pour ce malade particulier. Les résultats des mesures de leurs analyses sont, pour eux, les critères les plus sérieux de guérison. Le malade doit revenir, selon eux, dans un cadre préétabli considéré arbitrairement au vu des statistiques comme celui qui convient à tout individu dit « sain ».

La fiche des renseignements médicaux pose donc ces questions-là. Il ne reste plus qu’à mesurer et à inscrire le résultat. Mieux, le résultat d’une mesure est même considéré, pour eux, comme étant un symptôme de haute valeur 146

hiérarchique car le plus fiable, le plus rassurant, le plus objectif. C’est celui qui les dégagera de leur responsabilité.

Pour nous le résultat d’une mesure n’est pas un symptôme (utilisable dans la répertorisation NDLA) car d’une part il se rattache à des normes communes et d’autre part il n’est pas exprimé par le malade et surtout pas spontanément exprimé.

Les allopathes sont efficaces et arrivent le plus souvent à leur but : supprimer les symptômes de la maladie, dont un malade s’est plaint à un moment donné, rétablir des normes biologiques chiffrées, le rétablissement de ces normes chiffrées étant le dernier critère qui permet de dire que le malade est guéri.

Tels sont, la philosophie, donc le but et la méthode des allopathes.

Je voudrais à ce propos préciser qu’il ne s’agit en aucun cas de démontrer l’incohérence de l’allopathie, ni de convaincre qui que ce soit d’abandonner systématiquement cette médecine. Il s’agit seulement, à propos de l’anamnèse, de souligner les différences fondamentales entre les deux méthodes. Il serait en effet malhonnête de ne pas vouloir reconnaitre les prodigieux progrès que l’allopathie a réalisés dans son domaine propre, ni sa capacité à soulager des malades.

Si nous estimons que l’action des allopathes ne peut être au mieux que palliatrice, ce jugement n’a rien de péjoratif. D’autre part, l’allopathie arrive à des palliations brillantes dont certaines constituent même souvent une solution raisonnable si non la plus raisonnable. D’autre part, quel homéopathe peut affirmer être toujours en mesure de donner le « similimum » et arriver dans tous les cas à une guérison vraie, c’est-à-dire à l’équilibre mental, social et physique permettant au malade de réaliser pleinement sa vie, et ceci à partir de n’importe quel état de santé ?

Enfin, si nous avons compris que le phénomène vital ne se réduit pas à sa structure matérielle c’est-à-dire à la simple juxtaposition d’éléments non vivants, il n’en reste pas moins que l’être vivant ne se réduit pas non plus à un être purement immatériel. La vie est aussi faite de non-vie. Si le malade est original, il a aussi des symptômes communs !

Il en résulte d’ailleurs que la consultation de l’homéopathe n’exclut pas l’observation clinique classique des allopathes. Il est interdit d’ignorer, même pour l’homéopathe, l’existence de lésions précises locales ou d’ « anomalies » flagrantes des constantes biologiques classiques. 147

Mais ce qu’il faut bien comprendre c’est que l’observation du malade sur le plan donné par les allopathes ne peut conduire au remède homéopathique le plus approprié d’où résultera ce que nous cherchons, sans toujours être capables de l’obtenir : La guérison vraie du malade qui en fait un homme ou un animal libre, indépendant, serein.

En médecine vétérinaire, ce qu’il faut obtenir, c’est un animal qui soit définitivement devenu le plus beau du troupeau et qui résiste par ses moyens à tous les aléas qui peuvent le mettre en péril et mettre en péril la place qu’il tient.

Nous n’y arriverons pas si nous nous acharnons à faire des anamnèses standard, des études répertoriales mécaniques. Nous n’obtiendrons rien de plus que ce qu’obtiennent les allopathes, et même nous ferons souvent moins bien en provoquant des suppressions tenaces et dangereuses.

Si on a décidé de demander à l’homéopathie de nous rendre son service maximum, parce que nous sommes convaincus à un moment donné, devant un malade donné, de pouvoir l’amener à une guérison vraie, il faut avoir le courage de rompre totalement avec la démarche allopathique, ce qui une fois de plus n’est pas une condamnation de l’allopathie mais la réalisation d’un choix délibéré, précis, lucide.

Il est vrai que cette rupture est difficile, qu’elle comporte des risques d’échec, qu’elle peut parfois inquiéter nos clients. Il est vrai que la consultation et l’anamnèse tels que nous la pratiquons est peu compatible avec le rythme de notre vie. Il est vrai que nous déclenchons parfois des réactions d’une extrême agressivité de la part de certains confrères… Mais c’est le prix qu’il faut payer.

Philosophie et action sur le terrain :

Un de nos auditeurs, il est vrai peu préoccupé d’homéopathie et surtout non praticien avait dit après avoir écouté E. Morin : « une méthode se juge à ses résultats et non à sa philosophie ». Il est justement très curieux que cet auditeur se soit contenter d’écouter cet introduction à l’homéopathie sans attendre les résultats que cette philosophie nous a permis d’avoir et que nous nous proposions de lui exposer dans les très nombreux cas cliniques tout au long du séminaire . Ainsi se rédigent des rapports officiels…Curieusement ce sont nos confrères, tous praticiens, tous « hommes de terrain » qui ont été intéressés !

En effet, une philosophie qui ne servirait qu’à satisfaire un jeu brillant de l’esprit serait une philosophie morte. Et c’est ce qui rend méfiant à son égard. Mais 148

l’effort de réflexion que nous avons fait depuis Montpellier à propos des structures biologiques en établissant des relations entre Hahnemann, Kent et E. Morin va être directement appliqué dans notre méthode. Il s’agit bien pour nous d’une philosophie vivante c’est-à-dire appliquée sur le terrain.

Avec E. Morin nous avons retenu deux mots clefs : originalité et organisaction. Nous avons, en rapprochant la philosophie des créateurs de l’homéopathie et celle d’E. Morin, mis en parallèle la notion d’énergie vitale et d’organisaction.

Nous proposons cette relation : Energie vitale =organisaction de l’originalité individuelle et originalité des manifestations de cette organisaction.

Pour revenir précisément à notre action sur le terrain au moment où nous consultons : Faire une anamnèse, c’est chercher à percer ce « comportement » particulier à chaque individu qui conduit à la création permanent de soi, comportement physique, mental, social : totalité des symptômes particuliers au malade. C’est l’originalité de cet effort de rééquilibre qu’il convient de mettre en évidence. Cette lutte se déroule sous nos yeux ; elle nous devient perceptible si nous ne perturbons pas son expression par notre observation.

C’est en s’effaçant et en regardant vivre l’animal qu’on commence une anamnèse. La vie est mouvement (l’être vivant est animé) : ce qui compte dans la perception des symptômes particuliers au malade, c’est de le voir évoluer en liberté. Ainsi le verrons-nous réagir dans son milieu face aux circonstances offertes par son environnement naturel.

C’est cette vision dynamique qui nous permettra de comprendre le sens des liaisons entre les symptômes, de concevoir la nature de l’interaction, de percevoir globalement le syndrome, de comprendre le sens des symptômes à l’intérieur du complexe symptomatique, d’arriver à cette synthèse qu’est la notion de syndrome minimum de valeur maximum et finalement de choisir dans le répertoire telle nuance plutôt qu’une autre.

Toute notre méthode doit tendre vers ce but. Cette attitude conduit le vétérinaire à sortir de son cabinet ou même à sortir de l’étable pour le conduire à l’affût, au coin d’une barrière, derrière une haie, à suivre le troupeau sur le chemin de l’étable ou du pré avec l’éleveur, à marcher au pas des vaches. Cette attitude signifie l’arrêt de mort de la notion d’école avec un professeur érudit et ses élèves assis devant un tableau.

Voilà pourquoi notre « « école » ne peut être que l’ « école buissonnière » , voilà pourquoi aucun d’entre nous ne sera jamais professeur mais restera toujours 149

concret, pourquoi nos tables seront disposées en rond dans nos séminaires et pourquoi chacun tiendra une place égale en venant raconter ce qu’il aura vécu.

Curieuse attitude de la part de ceux qu’on accuse d’être abstraits !

La méthode de l’anamnèse :

Comment concevoir une méthode qui permette de cerner autant qu’il est possible l’originalité du malade ?

Ce qui est original ne rentre dans aucun cadre prévu à l’avance. Imposer un cadre, c’est d’emblée imposer une simplification. Prévoir un questionnaire, prévoir un plan de consultation, c’est tuer à l’avance la recherche de l’originalité. (Organon $83 : l’examen du malade… nécessite un esprit sans prévention. Hahnemann)

Mais d’autre part l’application de la loi de similitude nous lie au cadre des pathogénésies et au cadre du guide qui nous permet de nous diriger au sein de ces pathogénésies : le répertoire. Enfin, la crainte de ne pas tenir compte de l’ensemble des symptômes et de toutes leurs modalités nous conduit à une méthode organisée permettant une investigation systématique.

Voilà toute la difficulté de l’anamnèse. Deux conditions opposées s’affrontent. De cet antagonisme nait, non pas une méthode mais un art d’interroger.

L’homéopathe ne peut pas ne pas être un artiste.

Encore un mot qui va curieusement choquer les théoriciens qui ne pratiquent pas. Les vétérinaires praticiens eux, sont familiarisés depuis toujours avec l’art vétérinaire parce qu’ils sont en contact permanent du concret. Dans tous les paragraphes de l’organon : du $ 84 à 99, Hahnemann développe sa conception de l’interrogatoire situé entre le respect absolu de la spontanéité et le contrôle rigoureux systématique de l’ensemble des symptômes.

Je voudrais préciser que le fait de s’assimiler à un artiste peut paraitre prétentieux. C’est qu’en effet on rapproche souvent la notion d’artiste de celle de virtuose. Ce sont justement deux termes qui peuvent s’exclure mutuellement s’ils se combinent d’une manière déséquilibrée. L’un est sensible, l’autre est technique. Le virtuose, s’il n’est pas un grand artiste, se laisse facilement entrainer par le vertige de la haute technicité. Je l’ai déjà dit, cela est le danger auquel s’expose tout praticien confirmé et risque de le faire passer à côté du « cachet personnel du malade » parce que pris sous le charme de sa puissance, 150

il se fait plaisir au lieu d’être entièrement tendu vers la recherche du remède le plus semblable au malade.

Cette virtuosité est d’ailleurs, la caractéristique la plus marquante de notre époque. Elle fait rêver l’homme. La puissance qu’elle lui donne lui fait imaginer qu’il est « tout puissant ». Le but est oublié, le devoir moral s’efface devant l’ivresse de la technique, l’homme se prend pour Dieu, se donne le droit de dominer, raisonne à court terme et s’imagine que sa médecine a atteint des sommets extraordinaires parce qu’il vit plus longtemps dans un monde doré.

Il prépare ainsi aveuglément une histoire catastrophique. C’est ainsi que méprisant leur culture, nos paysans victimes du même vertige de toute puissance ont détruit ce qui faisait leur solidité, leur fécondité, jusque dans le sol, la plante, l’animal : des siècles de rusticité.

L’artiste au contraire est humble. Cette humilité le met à l’abri de la folie de grandeur. C’est pourquoi le poète, le musicien, le peintre, l’artiste-homéopathe sont désormais bien plus utiles à notre société. L’artiste ressent une émotion qu’il reste à exprimer clairement et, pour l’homéopathe, qu’il reste à exprimer en termes de « répertoire ». Ce travail est souvent pénible, épuisant, long, peu spectaculaire, non destiné à un public, même pas à un public d’élèves dans une école traditionnelle. Il n’est pas destiné à la démonstration.

Il ne s’agit pas de s’imposer par un discours didactique brillant de tous les feux d’une artificielle rigueur devant un auditoire d’élèves ébahis par la grandeur du maitre. Le travail de l’artiste est de ne pas trahir l’émotion en lui donnant une forme intelligible. C’est un travail honnête où, en dernier ressort, il s’en remet à son tour de main. C’est pourquoi, il ne peut que montrer et non pas expliquer. C’est pourquoi nous ne pouvons pas enseigner l’homéopathie mais seulement décrire des cas cliniques et indiquer les grandes lignes de notre démarche.

C’est pourquoi il faut relire le paragraphe n°1 de l’organon : » la plus haute et même l’unique vocation du médecin est de rétablir la santé des personnes malades, c’est ce qu’on appelle guérir. Sa vocation n’est pas de forger de prétendus systèmes, en comparant des idées creuses et des hypothèses sur l’essence intime du processus de vie et de l’origine des maladies dans l’intérieur invisible de l’organisme (ambition qui fait gaspiller à tant de médecins leurs forces et leur temps), sa vocation ne consiste pas non plus à chercher par d’innombrables tentatives d’expliquer les phénomènes morbides et la cause prochaine des maladies qui leur est toujours cachée. Son but ne consiste pas non plus à se prodiguer en paroles inintelligibles et en un fatras d’expressions 151

vagues et pompeuses qui veulent paraitre savantes afin d’étonner l’ignorant, tandis que les malades réclament en vain du secours. Nous avons assez de ces savantes rêveries que l’on appelle médecine théorique et pour lesquelles on a même institué des chaires spéciales et il est grand temps que ceux qui se disent médecins cessent de tromper les pauvres humains par leur galimatias et commencent enfin à agir, c’est-à-dire à guérir réellement. »

Il est évident que ce texte de Hahnemann est d’une sévérité qui se comprend parfaitement lorsque l’on connait mieux le niveau de la médecine traditionnelle de son temps et qu’il ne s’agit pas d’user d’autant de violence à propos de notre médecine allopathique actuelle, dont il faut reconnaitre que les palliations sont souvent excellentes et, je l’ai dit, représentent parfois la solution la plus raisonnable. Mais il faut aussi attirer l’attention de nos contemporains sur l’extrême danger du rêve de toute puissance que nous donnent les techniques modernes mises dans les mains d’hommes dont la sagesse n’a pas toujours suivit la même évolution et surtout d’hommes dont le but n’es plus toujours de soulager le malade mais d’expérimenter, parfois hors de son consentement, dans le but de pousser toujours un peu plus loin une virtuosité qui se suffit à elle-même.

La virtuosité nécessaire à l’artiste pour mettre en forme intelligible l’émotion qu’il ressent doit être totalement à son service.

L’artiste est un homme libre. Tous les vétérinaires praticiens, allopathes ou homéopathes savent, eux qui affrontent des malades dans toute leur complexité et non pas des maladies telles qu’ils les ont apprises, qu’au-delà de la rigueur scientifique leur pronostic et leur intervention doivent tout, ou presque tout, à leur intuition et à leur habileté. C’est pour ignorer que les hommes de la recherche dite «pure » (au sens moderne du terme) échouent le plus souvent lorsqu’ils interviennent sur le terrain.

Chacun de nous l’a vu maintes fois. En définitive, ce don du pronostic que l’on retrouve chez le praticien, c’est-à-dire l’homme de l’art, n’est en fait que la perception globale intuitive du complexe pathologique qu’il a sous les yeux et qui, en fait, est un acte de clairvoyance plus ou moins conscient vis-à-vis de ce que nous appelons nous, homéopathes, la maladie chronique.

La pratique de l’homéopathie demande donc tout simplement le développement de qualités naturelles du praticien qu’il soit allopathe ou homéopathe. 152

L’homéopathie est un art parce qu’elle est concrète. Elle est un art parce qu’elle nous amène à affronter un complexe pathologique irréductible aux théories « simplifiantes » de la science traditionnelle. L’émotion ressentie par « l’artiste-homéopathe », il faut le répéter, lorsqu’il découvre son « malade-individu » est le fruit d’une perception globale. L’artiste homéopathe (le praticien) reçoit de plein fouet le syndrome présenté par le malade et d’emblée, sa sensibilité est touchée par le syndrome de valeur maximum. La mise en forme de cette perception s’effectue toujours en dehors du cadre sécurisant des théories ou d’une quelconque méthode. L’homéopathe est libre cette liberté de sa solitude. Le couple médecin-malade est isolé. Cette solitude est angoissante et inconfortable.

L’émergence du remède « homéopathique au malade » est une naissance qui s’effectue dans la douleur. Mais c’est sur cette douleur que se bâtira, si le couple « médecin-malade » est harmonieux, la sérénité de la guérison. Perfectionne la méthode de l’anamnèse revient donc à développer des qualités artistiques communes à tous les praticiens et à accepter l’angoisse de la création.

Il y aura autant de méthodes que de couples « médecin-malade ». La détermination de la valeur des symptômes est directement dépendante de la qualité de l’anamnèse et lui fait suite. Si nous avons, au cours des séminaires, passé tant de temps à montrer ce que l’anamnèse de l’homéopathe avait de particulier par rapport à la consultation allopathique, c’est qu’il s’agissait de se munir d’un matériel d’observation qui nous guide vers le choix des symptômes utiles en homéopathie. Nous avons dit qu’en homéopathie seuls les symptômes originaux caractéristiques du malade étaient utiles. Mais parmi ces symptômes, tous n’ont pas la même valeur. Il faut opérer un choix.

C’est le moment le plus important et aussi celui qui comporte le plus de risques car : C’est le moment où l’observateur s’engage vis-à-vis de l’observé, tente une synthèse qui doit tout à l’interprétation ; cheminement dangereux où l’objectivité n’est plus absolue mais dépendante de l’originalité propre de l’observateur et cependant nécessaire à une vision globale lumineuse du malade.

C’est donc un moment de haut risque car l’observateur va donner un sens aux symptômes qui lui donnera une vision du malade claire et intelligible.

Il est évident qu’à ce moment-là, toutes les matières médicales sont fermées, ainsi que le répertoire. Il n’y a plus l’un en face de l’autre que le médecin et 153

l’image vivante que lui a apporté l’anamnèse de son malade dans une intime communion. Intimité qu’aucun document, autre que l’anamnèse rédigée dans le vocabulaire du malade (pour nous, du propriétaire et des notes de notre observation directe et naïve) et retraçant l’expression des symptômes exprimés dans « leur simplicité primitive » par l’animal, ne devra orienter.

Plus que jamais, le médecin doit s’efforcer d’être dans un état d’esprit sans prévention quant à son érudition, et la valorisation ou le classement des symptômes par ordre d’importance se fait dans le vocabulaire du propriétaire ou dans les termes de notre observation directe naïve. La valorisation part des phrases de l’anamnèse et non des phrases du répertoire.

Au moment de l’observation de l’animal, vous deviez être dans un état de réceptivité maximale, tous les sens étaient en éveil. Toute la concentration se portait sur l’observation. Au moment de la valorisation, vous devez vous trouver dans un état de recueillement où votre esprit est entièrement tendu vers la mise en évidence du « cachet personnel du malade ». Aucun répertoire, aucune matière médicale, aucune référence de routine, ne doivent vous distraire. C’est au moment où vous apparaitra le « cachet personnel » du malade qu’il vous deviendra transparent et que se réalisera l’acte médical homéopathique par excellence. A ce moment-là, les symptômes du malade, l’histoire pathologique du malade, auront un sens.

Nous disons que le sens de cette vie imprime au malade une originalité qui est la marque particulière de son effort permanent de rééquilibre au sein d’un monde agressif et nous assimilons cet effort de « réorganisaction » à la notion d’énergie vitale. La notion d’énergie vitale est donc totalement qualitative. Elle ne répond à aucune mesure et échappe donc totalement à l’analyse dite scientifique qui est donc aveugle à son égard.

Il faut bien comprendre que dans ces conditions, le médecin n’est plus un observateur « objectif » au sens matérialiste scientifique habituel et que son « ouverture » à l’expression des symptômes du malade dépend de sa propre sensibilité, elle-même dépendante de sa propre originalité. Au moment de la valorisation il ne trouvera un sens à la vie du malade qu’à travers le sens de sa propre vie. Il y a l’un en face de l’autre, deux êtres vivants, donc deux êtres sensibles en communication, deux énergies vitales en communication. C’est de cette communion que va naitre le soulagement du malade.

Cela implique plusieurs conséquences : 154

-l’anamnèse et la valorisation exigent que le médecin fasse appel à sa propre personnalité dans sa méthode et non pas à une méthode standard, préétablie, banalisante, valable pour tous les médecins.

-la conséquence de cette conséquence est l’abandon total, de toute « électronique », de toute machine artificielle totalement insensible à la qualité des symptômes, mieux, à l’imprévisibilité, car la machine ne reconnait que le nombre à travers un programme.

-il faudra aussi se familiariser avec la notion de limites : cette communication, cette vision du malade qui se livrerait entièrement sans préserver ce qui est au plus profond de lui-même, la source même de son originalité, dont la dispersion serait mortelle. Elle supposerait de la part de l’observateur une perception indépendante de lui-même.

Cette ouverture totale du malade et cette perception absolue sont utopiques. Les limites de cette ouverture et de cette perception déterminent les limites de l’homéopathie (ou une des limites). L’oeil du médecin, comme celui de tous les hommes, comporte un point aveugle, symbole de la relativité de notre pouvoir de perception, l’oeil du malade comporte un point aveugle, symbole de la relativité de sa propre perception donc de son impossibilité à se livrer totalement lui-même.

Curieusement au moment de la valorisation et au moment de la perception des symptômes, qui sont les points culminants de l’acte médical homéopathique, se rencontrent notre clairvoyance et notre aveuglement. Voilà pourquoi, il faut nuancer ce que nous appelons en homéopathie l’observation « pure » et l’expérimentation « pure ». Une autre conséquence de cet état d’intime communion entre le médecin et le malade est l’état de tension qui en résulte et qui est épuisant pour le médecin. Il y a à ce moment un don de son énergie qui doit avoir ses limites. C’est pourquoi je ne pense pas qu’il soit possible de faire plus d’une ou au maximum deux anamnèse par jour. ( Je veux parler de malades vus pour la 1ère fois ou pour lesquels on a décidé de tout reprendre après avoir fait fausse route !).

Symptômes superficiels, symptômes locaux, symptômes généraux, symptômes mentaux…

Il est hors de question dans cet article de faire un tableau didactique complet, une classification de symptômes par ordre d’importance. Il est aussi hors de question de revenir sur la liste des modalités en tant que liste. Je ne suis pas 155

doué pour ce travail de classification, et tout cela a été fait maintes fois au cours des séminaires.

Par contre je préfère encore une fois, dans le but délibéré de choquer et de choquer les tenants de la méthode mécanique dire : Aucun symptôme n’est intéressant en homéopathie s’il ne s’agit pas d’un symptôme général. On m’accusait déjà de ne pas assez ouvrir le répertoire, voilà que l’on va m’accuser d ne plus ouvrir que le chapitre des généralités. Je vais donc aller encore un peu plus loin dans la provocation en disant que l’ensemble du répertoire n’est fait que de symptômes généraux. Cela dépend du lecteur !

Il ne faut pas confondre les impératifs d’une classification, nécessaire à la réalisation d’un répertoire, avec la hiérarchisation des symptômes. Si le lecteur du répertoire a une vision claire de la totalité des symptômes, il est en mesure de rattacher un symptôme particulier, souvent grâce à ses modalités, au « cachet particulier du malade », et le symptôme s’élève alors au rang de symptôme général.

Par exemple un chien qui présente des convulsions chroniques en exprimant au même instant une sorte de douce complainte qui vous fend le coeur, et cela à chaque convulsion, exprime un symptôme général : c’est tout son être physique et mental qui se plaint, fait pitié et se contracte. Si vous allez chercher au chapitre généralités : convulsions chroniques, vous avez coupé le symptôme en éliminant son expression mentale. Vous n’êtes plus au niveau général ; si vous cherchez dans le chapitre mental : se plaint, se lamente, vous ne tenez plus compte de la convulsion physique, vous n’êtes plus au niveau général. Par contre, si vous cherchez la rubrique qui correspond à la totalité de votre observation y compris cette sensation de pitié qui fait partie justement de l’émotion que vous avez ressentie en observant le chien et qui vous a frappée de plein fouet, vous prenez la rubrique qui élève l’ensemble du symptôme observé au niveau général : se lamente, pendant les convulsions (un seul remède, ce n’est pas voulu, c’est ainsi), vous jetez un coup d’oeil à convulsions cloniques et à « se plaint piteusement et il y a de fortes présomptions pour Arsenicum album.

Il reste bien entendu à vérifier, par sécurité, que l’ensemble des autres symptômes correspondent. Mais à l’issue de votre recherche le travail mécanique du répertoire vous amène à hésiter avec quelques autres remèdes ? C’est l’impression laissée par ce sentiment de pitié provoqué sur vous par cette lamentation qui accompagne toute convulsion qui vous fera choisir le remède. Or, cette manière d’agir revient bien à accorder sa confiance au choc 156

émotionnel reçu lors de l’observation, ce choc qui est une vision de tout le chien à partir d’un symptôme.

Je ferais remarquer que le symptôme : « convulsion » vu sous son angle physique est une simplification à laquelle s’attachera pourtant l’allopathe. C’est donc une démarche non concrète. Le symptôme concret, c’est : « la plainte pitoyable qui accompagne chaque convulsion clonique ». Ce n’est ni la plainte, ni la convulsion, ni la myoclonie.

Il y a action-rétroaction entre les symptômes qui les lie en un tout inséparable de ses parties. Un n’a de sens qu’en fonction de la forme particulière que lui impriment tous les autres et de la forme qu’il imprime lui-même aux autres. Il en émerge une originalité symptomatique globale qui est précisément le syndrome minimum de valeur maximum.

Ce qui est original, ce n’est pas la lamentation, ce n’est pas la myoclonie, ce n’est pas la convulsion, c’est l’ensemble : « plainte pitoyable qui accompagne chaque convulsion clonique. » D’autre part, considéré sous cette forme globale, c’est tout l’être qui se plaint et se contracte, et nous fait pleurer de pitié. L’originalité est inséparable de la totalité.

L’originalité est la clef qui mène à la totalité et la totalité est la clef qui mène à l’originalité. Valoriser, c’est jouer habilement entre ces deux qualités fondamentales de l’être vivant.

Ainsi, lorsque l’homéopathe parle de totalité des symptômes, il ne parle pas de la liste complète des symptômes, il ne parle pas du passage en revue symptomatique de tous les chapitres du répertoire : il veut dire qu’à travers un symptôme, il a vu tous les autres et qu’à travers tous les autres, il a compris toutes les nuances d’un symptôme.

La notion de totalité est liée à la notion de complexe et non pas à la notion de liste complète. La notion de totalité comme celle d’originalité, comme celle d’énergie vitale est qualitative.

Si on accepte de travailler dans ce sens, le choix d’une rubrique ne dépend donc que de la valorisation. Le répertoire ne s’ouvre donc qu’après cette phase qui doit nous mener du malade au remède. Si le choix tombe sur de petites rubriques, elles seront bonnes dans la mesure où elles se rattachent parfaitement au tout, mais inversement, si on tombe sur des grosses rubriques, il faut avoir le courage de les exploiter en entier. Le choix d’une rubrique ne se détermine pas en fonction de l’importance du nombre de remèdes qu’elle 157

contient, ni en fonction du titre du chapitre. Voilà pourquoi, nous n’apprécions pas la suppression de certaines rubriques dans certains ouvrages et pourquoi nous nous méfions de ce conseil qui consiste à nous détourner des petites rubriques sous prétexte que l’éventail du choix se referme.

De toute façon, c’est bien à un remède et à un seul qu’il faudra aboutir, il va donc bien être nécessaire à un moment ou un autre de prendre ses responsabilités. Mais surtout, j’insiste sur ce choc émotionnel qui est la vision globale du malade et qui est la vision de son originalité. Ainsi se trouvent confondues en un seul acte : l’anamnèse et la valorisation.

« La douce plainte qui accompagne et qui me fend le coeur » est une perception à laquelle est sensible tout praticien, qu’il soit homéopathe ou allopathe. Par contre chacun comprend que cette émotion qui est la perception concrète et globale du phénomène ne se retrouve pas dans l’éprouvette du laboratoire dont il ne peut donc sortir que des conclusions limitées non conforme à la réalité.

Cessez donc, vous les praticiens d’être accablés par un complexe d’infériorité qui consiste à céder toute sa confiance aux théories issues du laboratoire. C’est le praticien qui doit en dernier ressort trancher, prendre des décisions, bâtir un traitement, élaborer une prophylaxie. La pratique de l’homéopathie exige seulement de vous que vous fassiez confiance totalement à vos qualités fondamentales d’homme de l’art. Je fais remarquer qu’en soulignant l’importance de l’émotion devant la perception du complexe symptomatique, je ne fais qu’appliquer ce qui est conseillé dans le paragraphe 153 de l’organon : « Les symptômes retenus doivent être frappants ».

Accepter l’angoisse de cette aventure qu’est la découverte d’un être nouveau, accepter de comprendre au-delà du jugement, accepter de s’engager sans la protection d’une méthode au risque d’être désapprouvé, accepter cette solitude, est un acte de fraternité.

L’homéopathe ne se réfugie pas derrière l’orthodoxie d’un protocole, il ne se protège pas, il est entièrement tendu vers la recherche du remède. L’artiste qui échoue est livré sans défense aux hurlements malveillants et insensibles de sa société.

Dans la démarche de l’homéopathie, il y a deux moments d’intense émotion et de haut risque : la perception des symptômes et la valorisation qui se confondent en un acte d’amour. »

Jani Vimond 158

En relisant cet article, plusieurs années après la mort de Jani, comme si je le lisais pour la première fois, « l’esprit sans prévention », je conçois en quoi il peut apparaitre « étrange » à ceux qui le découvrent. Provoquant, passionné, exagéré, grandiloquent même à certains égards. Et pourtant. C’était bien là le travail de Jani. Il faut peut-être l’avoir entendu narré l’histoire de cette vache phosphorus qui « sourit » aux autres pour se faire accepter et passer entre deux de ses congénères pour manger dans leur ration ; Ou de cette jument belladona dont il avait repéré le coup d’oeil qu’elle jetait à chaque tour de manège vers cette toute petite fenêtre sous le toit par laquelle elle apercevait le ciel, pour comprendre toute la finesse et l’acuité de sa perception. Et ces animaux ont bien-sûr, été guéris par sa prescription et son « intuition-perception ». Alors, sans doute est-il difficile d’appliquer aujourd’hui, comme il l’a fait, son « anti-méthode », mais il y a dans cet article tellement de vérités qui résonnent très fort par ces temps de médecine « moderne », qu’il m’a paru indispensable de le faire réentendre.

Il ne faudrait d’ailleurs surtout pas confondre son « anti-méthode » avec une « non-méthode ». Une seule remarque pour ceux qui trouveraient qu’il ne s’agit là que d’approximations et interprétations : Quand Jani soignait un cas chronique, par exemple un emphysème respiratoire sur un cheval, il donnait au propriétaire 10 enveloppes numérotées de 1 à 10 à donner successivement. Dans ces enveloppes se trouvaient 9 placébos et 1 remède. Seul lui savait quelle était l’enveloppe du remède, cela lui permettait a posteriori de détecter un éventuel effet placebo ou nocebo. Vous avez dit : manque de rigueur ?..

Enfin, il y a un an, lors d’une formation que je faisais pour des éleveurs dans le puy de dôme, un homme âgé est venu me trouver en fin de journée pour me demander si je connaissais Jani. Je lui ai dit toute mon affection et mon admiration pour lui. Il m’a alors raconté les heures passées avec lui à observer ses vaches. Cet homme avait les larmes aux yeux en évoquant ces moments de communion, et j’ai compris à cet instant, que Jani n’exagérait pas quand il parlait d’acte d’amour dans son travail.